mardi 6 octobre 2015

[Communiqué national] Plus que jamais aux côtés des salarié-e-s d’Air France !


Pas un ne manque à l’appel : le président du Medef, Gattaz, en tête de gondole, et les factotums gouvernementaux actuels du patronat, Hollande, Valls, Macron, Vidalies… Ils sont tous unis dans une croisade sacrée : condamner les « violences scandaleuses » contre les dirigeants licencieurs d’Air France. Et comme Hollande, Valls et compagnie sont aux commandes de l’appareil de répression étatique, nul doute que ces condamnations ne seront pas platoniques mais que le crime de lèse-patron sera l’occasion de briser judiciairement la vie de salariés révoltés et de poursuivre la criminalisation du mouvement social.


Évidemment, l’hypocrisie est partout dans cette pseudo-affaire qui masque les principaux enjeux. D’abord en ce qui concerne le rôle du pouvoir politique, celui d’ un État actionnaire passivement complice de la direction d’Air France. L’État ne peut rien puisque « Ce n'est pas le contribuable qui va payer » dit Alain Vidalies, secrétaire d’État aux transports d’un gouvernement ayant fait 25 milliards de cadeau au patronat en deux ans avec le Crédit d’Impôt Compétitivité d’Emploi.

Ensuite, évidemment, l’hypocrisie de cette chorale de condamnation de la violence physique de la part d’un gouvernement est à comparer avec la bienveillance dont a bénéficié la FNSEA dont les membres commettent régulièrement des saccages autrement plus importants, ce qui n’a pas empêché Manuel Valls de se rendre au congrès de cette organisation.. Il en est de même en ce qui concerne l’habitude gouvernementale de couvrir les violences autrement plus graves de ses forces de l’ordre, dans la continuité des gouvernements précédents et quelles que soient les exactions, comme par exemple la mort de Rémy Fraisse.

Enfin, privilégier le « dialogue social » est une autre fumisterie brandie par Hollande et ses acolytes. En effet, quand le « dialogue social » n’arrange pas le gouvernement, celui-ci ne se gêne pas : la loi Rebsamen reprend 90% des propositions du Medef malgré le refus de toutes les organisations syndicales ; pour la Fonction publique, Valls va passer outre l’absence d’un accord majoritaire. Surtout, ce « dialogue » repose, pour le gouvernement et le patronat, sur l’idée objectivement fausse de communauté d’intérêts entre patrons et salariés. Or, comme le gouvernement actuel a pour unique horizon le patronat, cette fiction du « dialogue » ne se traduit même pas par un renforcement des capacités des syndicats et des représentants des salariés mais bien par leur affaiblissement systématique avec une avalanche de contre-réformes qui n’est pas finie (ANI, lois Macron 1 et 2, Rebsamen, mission Combrexelle…).  

Le mécanisme est ainsi bien huilé : confiner les salariés et leurs organisations dans des procédures qui n’empêchent rien, acter l’existence d’un « dialogue social » et en apposer le label sur le plan de licenciement, saupoudrer tout cela d’un vague discours sur la « nécessité de s’adapter »… Le cas d’Air France est un cas d’école puis qu’absolument toute la casse sociale, aussi bien en cours que celle qui ne manquera pas de venir, peut se prévaloir d’être dans les clous législatifs du « dialogue social ».

Ainsi, les salariés d’Air France subissent depuis 5 ans le plan « Transform 2015 » consistant en la suppression de plus de 5.000 emplois équivalents temps plein, une baisse des investissements, un gel de salaires et des promotions, l’augmentation du temps de travail des navigants (de 530 à 655 heures de vol par an sur moyen-courrier et à 730 heures sur long-courrier).

Alors même que le groupe Air France est loin d’être à l’agonie, son exploitation ayant généré en 2014 plus de 1 Md€ de cash, les salariés d’Air France sont confrontés à un nouveau plan de restructuration qui vise à supprimer 2.900 postes (300 pilotes, 900 chez les hôtesses et stewards, 1.700 chez les autres personnels) jusqu’en 2017. Les objectifs de ces plans successifs sont la réduction de la dette du groupe qui est pourtant rentable. En réalité, Air France, comme beaucoup d’autres groupes, est en situation de restructuration perpétuelle avec pour résultat des salariés qui ne voient pas le bout du tunnel.

C’est dans ce contexte d’attaque sociale effrénée que le DRH d’Air France et le directeur de l’activité long-courrier ont été pris à partie par une partie des salariés en colère contre ce modèle de downsizing permanent. Que personne ne compte sur nous pour les dénoncer ou même pour mettre sur le même plan leur action avec les milliers de vies brisées par la direction d’Air France. La seule manière d’évaluer la pertinence d’une action menée par des travailleur-ses est l’intérêt qu’elle présente pour atteindre des objectifs fixés et le développement d’une activité démocratique de classe. Mais cela est un débat qui ne regarde que les salariés et leurs organisations, pas les directions patronales et leurs alliés gouvernementaux se cachant derrière des principes éthérés qu’ils bafouent à la première occasion.

Au final, la surmédiatisation de cet épisode télégénique a pour fonction de mettre au second plan la réalité vécue par les salariés d’Air France mais également d’éloigner de la compréhension des citoyens la convergence extrêmement importante parmi les salariés. En effet, la mobilisation du 5 octobre à l’occasion du Comité Central d’Entreprise présentait un caractère exemplaire d’unité, d’autant plus dangereux pour la direction. Les pilotes ont ainsi spectaculairement rejoint le mouvement et les autres métiers. Alors que la direction veut imposer des négociations catégories par catégories pour mieux les opposer entre elles, cette unité est un gage pour l’avenir d’Air Franc et de ses salariés. Ainsi, cette mobilisation est intersyndicale et regroupe tous les métiers du Groupe. Elle constitue un point d'appui majeur pour le mouvement social et syndical en France et la seule position à avoir est d’être aux côtés des salariés d’Air France contre leur direction et ses alliés gouvernementaux. 

Jean Martin

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